Depuis une dizaine d'années, j'avais aussi un texte qu'il m'avait donné; Le vieux fossile. Je décide de lui faire une surprise et de le mettre en musique. Je l'enregistre en studio, avec des violons, tout ce qu'il faut pour le mettre encore plus en valeur. Je pars chez lui, mon disque sous le bras pour le lui faire entendre.
"Tu sais, j'ai mis un de tes textes en musique!"
"Ah oui, lequel?"
"Le vieux fossile"
"c'est marrant, moi aussi j'en ai fait une".
Devant mon air désapointé, j'étais tellement déçu, Georges me dit:"C'est pas grave tu sais, de toutes façons pour moi c'est toujours bon de travailler. Fais moi écouter ta musique".
Brassens, c'est tout cela. Georges avait cette délicatesse, cette pudeur, dans ces choses qu'il ne formulait jamais, une trés haute opinion de tous les êtres humains.
Il ne supportait pas les mouvements d'humeur que certains pouvaient avoir à l'encontre de sa femme de ménage.
Quelque temps aprés, il leur disait: "Tu ne te demandes pas ce qu'elle peut penser de toi?"."Oui donc?"."Ben la bonne femme qui le fait le ménage?".
Georges mettait en pratique absolument tout ce qu'il pensait. Et je sais ce qu'il reprochait surtout aux autres: le mépris. Certains ont dit de lui que c'était un chrétien laïque. Je ne pense pas que la bontésoit uhn sentiment qui ne s'applique qu'aux chrétiens. Mais si ce qu'on a fait dire à Jésus est vrai, je crois que cela se rapprocherait assez de ce que pensait Brassens qui disait: "avant de tuer, tournez sept fois votre crosse dans votre main".
C'était un être d'une infinie bonté, empreint de non-violence, et qui ne comprenait pas que l'on puisse descendre dans la rue casqué et armé, au nom d'une idée de paix.
Il me reprochait parfois de faire de la politique. Il ne voulait pas se mêler de tout cela, estimant que tout ce qu'il pourrait dire pourrait être utilisé, et qu'il n'avait pas à dicter aux gens ce qu'ils devaient penser. Il se refusait à être ce que l'on appelle aujourd'hui un leader d'opinion. Une des phrases qu'il a écrites et qui le résume assez bien, en tous cas en ce domaine, et que je me plais à avoir toujours en mémoire est celle-ci:
"Gloire à qui n'ayant pas d'idéal sacro-saint s'emploie à ne jamais emmerder son voisin."
Marcel AMONT.